De la vie à l'internat après les écrits.

En commençant cet article, je pense aux quelques anciens qui passent régulièrement ici et qui me rappellent à quel point je les rends nostalgiques de leurs années de classe préparatoire. Parce que, quelques jours avant le début des oraux, et donc du départ définitif (on l'espère !) de l'internat, l'ambiance comme à devenir peu à peu nostalgique...

Durant les écrits, l'internat était rempli, le soir, de gens fatigués, stressés, parfois de bonne humeur, parfois complètement déprimés, il avait retrouvé le vivant un peu perdu durant les révisions (ce qui est bien normal, après tout, non ?).

Juste après la fin des écrits s'est installé une espèce de flemme générale, d'épuisement moral après 3, 4 ou 5 semaines de concours. Nous n'avions qu'une envie : souffler. Et nous en avons eu le temps, quelques jours à peine avant les retrouvailles avec nos professeurs bien-aimés.

Los oraux blancs ont alors commencé. Il a fallu se rendre encore une fois à l'évidence : la chimie organique semble m'aimer encore moins que je ne l'aime. Tant pis. On s'accroche aux autres matières. Les résultats des écrits semblent encore très loin (deux semaines et demi, une éternité !), on oublie peu à peu les écrits et on a du mal à se concentrer. On regarde ceux qui sont toujours à fond et qui travaillent encore nuit et jour avec un mélange d'envie et de culpabilité. Et puis, bon gré mal gré, parce qu'on va passer au tableau le lendemain, que le TD a l'air dur ou qu'on a un oral blanc bientôt, on s'y remet.

La date des premiers résultats d'admissibilité se rapproche. Arrive.

L'ambiance devient alors effervescente. Plus tendue. Certains font des pronostics, refont encore et encore les épreuves, prédisent les barres d'admissibilité. D'autres prétendent qu'ils attendront le week end, au calme, pour aller voir leurs résultats. D'autres prévoient d'aller dans un cyber café ou dans un fast food pour pouvoir se connecter tranquillement, loin des regards des autres. La peur de ne rien avoir monte au ventre, on regrette de n'avoir pas plus travaillé, d'avoir fait ci ou ça, d'avoir trop souvent copié certains DNS au lieu de les faire sérieusement, de ne pas s'être couché plus tard pour bosser davantage, de...

Et puis je remarque que j'ai un oral blanc de mathématiques avec un professeur (faussement) réputé pour sa sévérité juste avant les résultats. Bon. Du coup, je me mets à réviser mon cours et à ne plus penser aux admissibilités de Mines-Ponts. L'oral arrive. Type CCP ( 30 minutes de préparation et 20 minutes de passage sur un exercice, puis 10 minutes sans préparation sur un autre exercice). J'ai des intégrales en premier exercice, je me dépatouille pas trop mal, puis une courbe polaire. Que je trace sans trop de difficultés grâce à quelques souvenirs. Le tout semble de bon augure.

Reste la sortie, la descente "aux enfers" vers la salle informatique du bâtiment F. Là, ce n'est plus de l'effervescence, on a l'impression que le groupe qui s'y tient est en train de bouillir. Tous les ordinateurs sont allumés, une fenêtre internet ouverte, toujours la même : il y a une liste. Tout le monde crie, fait du bruit, on entend des "Et regarde X ! Il l'a, X ?" et autres "Et, Y, tu l'as, toi ?". On se croirait à la bourse...

Je pousse un MP heureux de sa chaise et fait passer à l'écran la liste des admissibles PC. Mon nom est dedans. Mais je suis refusée. Déception. Quelqu'un me souffle à l'oreille que l'admissibilité aux petites mines est sur un autre site.

Ah. Donc il ne faut pas baisser les bras trop vite. Le site. Mon mot de passe. Admissible. La joie. Des notes honnêtes. Un 14 en français. Je souris. Sourire qui ne se décrochera pas de la soirée. C'est juste plaisant d'être admissible quand on souhaitait l'être...

Après ses propres résultats, on cherche à connaître les résultats de ses amis, de ses camarades, de ses connaissances. Certains ont très bien réussi, bien au delà des prévisions : ils seront chaleureusement félicités. Avec une pointe de jalousie, parfois, avouons-le. D'autres ont été bien moins performants qu'ils ne l'avaient prévus : avec ceux-là, on ne sait que faire. Il reste encore quelques concours, après tout.

L'effervescence augmente, le repas est plus ou moins joyeux selon les tables. Les bizûths s'encquièrent de nos résultats. Nous félicitent. On voit dans leurs yeux qu'ils s'identifient à nous, ils font des pronostics sur ce qu'ils ont des chances d'avoir dans un an. Ils ont raison. Nous tempérons nos annonces : Untel a eu des très bons résultats pendant l'année, un peu moins bon aux concours, un autre s'est transcendé. Difficile de prévoir.

Et le lendemain, avec les admissibilités Centrale et CCP, on recommence...